Echos de la vie musicale en Tunisie

Depuis la "Révolution Tunisienne" dont la première étincelle a éclaté le 17 décembre 2010 (pendant la première édition des Journées Musicales de Carthage) le paysage musical a changé d'aspect et d'acteurs. Plusieurs organisations professionnelles ont vu le jour, les syndicats des musiciens, des chanteurs, des compositeurs... sont à pied d'œuvre dans les grandes villes du pays. Tous se battent pour une meilleure organisation de la vie musicale, une meilleure protection des droits moraux et matériels des professionnels.

Il s'érigent entre autre contre toute velléité de dictature de certains courants ou de groupes d'obédience politique ou religieuse qui voient dans la pratique culturelle une action frolant l'hérésie ou les bonnes mœurs. Plusieurs incidents ont éclaté entre artistes et représentants de ces courants. Le Ministère de la Culture s'est rangé souvent du côté des artistes.
Le Comité National de la Musique reste un organe consultatif, il n'a pas de pouvoir de décision. Il assure la liaison entre le CIM et les autorités tunisiennes compétentes. Son rôle est appelé a évoluer à la faveur des changements politiques survenus en Tunisie. Ce rôle ne s'est pas encore précisé. La période transitoire par laquelle passe le pays ne facilite pas cette mutation.
Malgré les difficultés conjoncturelles que connaît la Tunisie, les activités culturelles en général et musicales en particulier n'ont pas pour autant régressé. Le Ministère de la Culture, les associations et autres formations politiques et culturelles de la société civile redoublent d'efforts afin de donner à la Culture ses lettres de noblesse et la place qu'elle mérite dans la construction de la société tunisienne post-révolutionnaire. Les spectacles de théâtre, danse et de musique, aussi bien tunisien qu'étrangers, garnissent les programmes des salles de spectacles à Tunis et dans les autres villes du pays.
Les citoyens continuent à assister aux spectacles culturels rompant avec l'inquiétude générée par la prolifération des chaux débats politiques sur les plateaux des différentes chaînes de télévision publiques et privées, qui ont trouvé dans les dissensions une aubaine...
Je citerai à cet effet les concerts mensuels de notre Orchestre Symphonique (désormais dirigé par un nouveau jeune chef) qui draine un public féru de musique classique. La Rachidiya, la plus vieille association de musique traditionnelle (classique) tunisienne organise également des concerts mensuels au Théâtre de la ville de Tunis suivis par les mélomanes attachés à la musique du terroir. Le dernier concert en date remonte à vendredi 22 février 2013. J'ai eu l'honneur de diriger ce concert qui a été rehaussé par la présence du Ministre de la Culture, de son Chef de Cabinet, et d'une audience qui a apprécié le programme proposé. La Presse de Tunisie lui a consacré dans son édition du dimanche 24 février un bon article signé par Khaled Tébourbi.
A côté des expressions artistiques "classiques", le Rap occupe une place de choix, notamment parmi la jeunesse. Cette expression "engagée" a joué un rôle crucial pendant la "Révolution Tunisienne". Certaines "chansons" ont accéléré la chute du président déchu.
L'enseignement de la musique est toujours présent dans les programmes d'enseignement du cycle secondaire (enseignement général). Le baccalauréat "option musique" permet aux élèves de poursuivre leurs études dans les instituts supérieurs de musique, ce qui est de nature à assurer la relève et la formation des jeunes musiciens.
Le paysage musical tunisien, nonobstant le flou politique que d'aucuns craignent, laisse présager un avenir meilleur. Cela n'est pas étranger aux Tunisiens connus pour leur attachement séculaire aux valeurs des Arts, synonymes de liberté et de dignité, slogans clamés par la foule pendant la Révolution...

Féthi ZGHONDA
Secrétaire Général du Comité National de la Musique


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